En français, tu ne peux pas construire une phrase sans pronom : « je mange », « il dort ». En japonais, c’est l’inverse : le pronom est facultatif, et on le supprime dès que le contexte suffit.
Mais attention, quand tu en emploies un, il en dit long sur toi : ton âge, ton genre, ta région, le degré de respect que tu accordes à ton interlocuteur. Choisir 俺 plutôt que 私 pour se présenter à un recruteur, c’est comme tutoyer un préfet.
On commence par le plus utile, dire « je ».
Le pronom que l’on n’utilise pas
Avant la liste, retiens ce réflexe : en japonais, on omet le pronom sitôt qu’il est évident. Répéter 私 à chaque phrase sonne aussi lourd qu’un francophone qui dirait « moi, je » toutes les dix secondes.
Cette logique tient au fonctionnement même de la phrase japonaise, qui pose un thème puis l’abandonne. Si le sujet t’intrigue, va voir la particule は.
« Je » ou « Moi »
Il existe une bonne vingtaine de façons de dire « je » en japonais. En voici 17, des trois qui te serviront tous les jours jusqu’aux formes de samouraï que tu ne croiseras qu’en fiction. Le registre est indiqué à chaque fois : c’est la seule chose qui compte vraiment.
Les indispensables
1. 私 (わたし, watashi)
Le neutre passe-partout, utilisable par tout le monde, dans presque toutes les situations. Si tu ne dois en retenir qu’un, c’est celui-là. Chez les hommes, il sonne un peu formel entre amis, mais il n’est jamais déplacé.
2. 僕 (ぼく, boku)
Masculin et décontracté, employé par les garçons et les hommes jeunes, y compris au travail dans une ambiance détendue. Un peu plus doux et modeste que 俺.
3. 俺 (おれ, ore)
Masculin et très familier. Entre potes, en famille, jamais avec un supérieur ni un client. Il donne un ton direct, viril, parfois brusque.
4. あたし (atashi)
Contraction orale de 私, quasi exclusivement féminine, plus légère et plus douce que watashi. On l’écrit presque toujours en hiragana.
5. うち (uchi)
Familier, surtout féminin et surtout dans le Kansai (Osaka, Kyoto). Le même mot signifie « maison » : on dit « chez moi » pour dire « moi », un glissement que le français connaît aussi.
6. 自分 (じぶん, jibun)
Littéralement « soi-même ». Employé comme « je », il sonne sobre et un peu militaire, très courant dans le sport et l’armée. Curiosité régionale : dans le Kansai, 自分 peut aussi vouloir dire « toi ». Autant dire qu’il faut connaître son interlocuteur.
7. 俺様 (おれさま, ore-sama)
俺 auquel on colle le suffixe honorifique 様 réservé aux autres : « moi, l’Auguste ». Ouvertement arrogant, c’est un pronom de méchant de manga. Dans la vraie vie, il ne s’emploie qu’au second degré.
8. わたくし (watakushi)
La version la plus formelle de 私, avec le même kanji 私. Discours officiels, cérémonies, service client haut de gamme, entretiens d’embauche.
Les régionaux et les générationnels
9. わし (washi)
Associé aux hommes âgés et à la région d’Hiroshima. C’est le pronom des grands-pères de fiction.
10. わい / わて (wai, wate)
Formes du Kansai, familières et masculines, aujourd’hui plutôt vieillies.
11. おいら (oira)
Familier, rural et un peu naïf dans l’imaginaire japonais. Beaucoup de personnages de dessin animé l’utilisent.
12. あちき (achiki)
Le pronom des courtisanes du quartier de Yoshiwara à l’époque d’Edo. Tu ne le croiseras qu’en fiction historique.
Les littéraires et les théâtraux
13. 我輩 / 吾輩 (わがはい, wagahai)
Solennel et daté, rendu célèbre par le roman de Natsume Sōseki 吾輩は猫である (« Je suis un chat »). Sonne pompeux et amusant.
14. 拙者 (せっしゃ, sessha)
Le « je » du samouraï, littéralement « le maladroit ». Modestie de façade, registre de film d’époque.
15. 小生 (しょうせい, shōsei)
« Le petit moi », formule humble et lettrée, encore utilisée par des hommes d’un certain âge dans une correspondance écrite.
16. 朕 (ちん, chin)
Réservé à l’empereur. Autant dire que tu ne l’utiliseras jamais.
17. Son propre prénom
Certaines jeunes filles (et beaucoup d’enfants) disent leur prénom à la place de « je » : 「さくらもいく!」 (« Sakura vient aussi ! »). C’est perçu comme mignon, enfantin, et cela devient vite pénible passé un certain âge.
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Deux questions sur les « je », avant de passer à la deuxième personne. Le but n’est pas de retenir les 17 : c’est de savoir lesquels te servent à parler.
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Trois hommes se présentent : le premier dit 私, le deuxième 僕, le troisième 俺. Qu’est-ce que ça change ?
Aucun des trois n’est plus correct que les autres : ils sont rangés sur une échelle sociale, et c’est tout ce qui les sépare. 私 ne te trahira jamais, quelle que soit la situation. 僕 dit « je suis à l’aise ici », ce qui passe entre collègues détendus mais pas devant un client. 俺 dit « on est entre nous », et il sonne brutal partout ailleurs. Des pronoms régionaux, il y en a, mais ce sont うち, わい ou わて, du côté du Kansai.
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俺様, 拙者 et 朕 : qu’ont en commun ces trois « je » ?
Sur les 17 façons de dire « je », trois te servent à parler et les quatorze autres à comprendre ce que tu entends. 俺様, c’est 俺 plus le 様 qu’on réserve normalement aux autres, soit « moi, l’Auguste » : le pronom du méchant de manga, à prendre au second degré et pas autrement. 拙者 est le « je » du samouraï, littéralement « le maladroit ». 朕 appartient à l’empereur. Polis, sûrement pas : 俺様 est ouvertement arrogant.
Tu / vous
Voici le contre-pied le plus déroutant du japonais : on évite les pronoms de la deuxième personne. Dès que tu connais le nom de quelqu’un, tu l’appelles par son nom, même en lui parlant directement.
Le nom est presque toujours suivi d’un suffixe honorifique : さん par défaut, 先生 pour un professeur ou un médecin, 部長 pour un chef de service. Si tu ne connais pas le nom de la personne, tu peux te rabattre sur ces pronoms, avec précaution :
あなた (anata)
C’est le « vous » des manuels, et c’est aussi le piège numéro un. あなた n’est pas poli au sens où tu l’imagines : employé envers un supérieur, un professeur ou une personne plus âgée, il est carrément déplacé. On le réserve aux formulaires, aux publicités, aux questionnaires, et aux situations où l’on ignore réellement à qui l’on parle.
あんた (anta)
Contraction de あなた, familière et souvent sèche. On l’entend entre proches, ou dans une dispute. À éviter tant que tu n’as pas l’oreille pour ce genre de nuance.
君 (きみ, kimi)
Décontracté, employé entre amis, mais aussi d’un supérieur vers un subordonné, ou d’un homme vers une femme dans un contexte affectif. Cette asymétrie le rend délicat : dit à quelqu’un de plus haut placé, il devient impoli.
お前 (おまえ, omae)
Très familier et potentiellement agressif. Entre amis proches ou en famille, il passe. Envers un inconnu, c’est une provocation. Tu l’entendras beaucoup dans les animes, ce n’est pas une raison pour l’employer.
Et le « vous » pluriel ?
Pour s’adresser à un groupe, on utilise みなさん (minasan, « tout le monde »), la forme la plus sûre, ou 君たち (kimitachi) et あなたたち (anatatachi) dans un registre plus familier.
Ils / Elles
Le japonais ne possède pas de pronom de troisième personne vraiment neutre. Il en a deux, et ils sont marqués en genre :
彼 (かれ, kare)
« Il », pour un homme. Attention, le même mot signifie aussi « petit ami », même si on préfère alors 彼氏 (kareshi) pour lever l’ambiguïté.
彼女 (かのじょ, kanojo)
« Elle », pour une femme. Là encore, le mot signifie aussi « petite amie », et c’est même son sens le plus courant à l’oral.
彼ら / 彼女たち (karera, kanojotachi)
Pour le pluriel : 彼ら (« ils », ou un groupe mixte) et 彼女たち (« elles »).
Nous
Il existe plusieurs façons de dire « nous », et le choix dépend du contexte et de la relation entre les personnes. Voici quelques-unes des expressions les plus courantes :
Bonne nouvelle : le pluriel se fabrique presque toujours en collant たち ou ら au pronom singulier.
私たち (わたしたち, watashitachi)
Le « nous » neutre et général, valable partout, formel comme informel.
僕ら / 俺たち (bokura, oretachi)
Versions décontractées et masculines, avec un parfum de camaraderie. 僕たち et 俺ら existent aussi, c’est du pareil au même.
我々 (われわれ, wareware)
Formel et solennel : discours d’entreprise, communiqués, allocutions. À réserver aux situations où l’on parle au nom d’un groupe.
Comment utiliser les pronoms japonais ?
Tu peux utiliser ces pronoms de manière très simple, il suffit d’ajouter une particule à la suite.
Pronom + は ou が
Exemple :
Les pronoms possessifs
Il n’existe pas de « mon », « ton », « son » en japonais. À la place, on colle la particule の (no) après le pronom ou le nom, exactement comme notre « de » : 私の車, littéralement « la voiture de moi ».
Pronom + の
Voici quelques exemples :
À toi de jouer !
Quatre questions sur ce que ton choix de pronom raconte de toi, et sur celui qu’il vaut mieux laisser dans le manuel.
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Tu t’adresses à ton professeur, monsieur Tanaka. Comment dis-tu « vous » ?
あなた n’est pas une faute de grammaire, c’est une faute de distance : envers un professeur, un supérieur ou une personne plus âgée, il est carrément déplacé. Le réflexe japonais consiste à parler à quelqu’un comme on parlerait de lui, avec son nom ou son titre. 君 serait pire encore, puisqu’il descend d’un supérieur vers un subordonné. Et pour la petite histoire, あなた est aussi le « chéri » qu’une épouse adresse à son mari.
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Un homme se présente à un recruteur en disant 俺. Qu’est-ce que ça produit ?
Aucun pronom japonais n’est faux en soi, ils sont seulement rangés sur une échelle sociale, et 俺は est parfaitement grammatical. Le problème est ailleurs : 俺 annonce « on est entre nous », ce que le recruteur n’a pas signé. Dans cette situation 私 passe partout, et わたくし monte encore d’un cran, celui des entretiens et des discours.
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私は日本語を勉強しています et 日本語を勉強しています sont correctes toutes les deux. Qu’est-ce que le 私 ajoute ?
C’est le contre-pied qui coûte le plus cher aux francophones : en japonais le pronom est facultatif, et on le retire dès que le contexte parle pour lui. Le remettre à chaque phrase revient à dire « moi, je » toutes les dix secondes. La politesse, elle, ne se joue pas là du tout : elle est dans le です ou le ます de la fin, que tu gardes le pronom ou non.
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彼女はフランス人です。 Que veut dire 彼女 dans cette phrase ?
彼女 signifie « elle » et « petite amie », et à l’oral le second sens est même le plus courant. Même piège avec 彼 (« il » et « petit ami »), qu’on désambiguïse souvent en disant 彼氏. C’est une des raisons pour lesquelles les Japonais préfèrent répéter le nom de la personne : 彼 et 彼女 ont été forgés au XIXᵉ siècle pour traduire les romans européens, et ils sonnent encore un peu importés.
Questions fréquentes
Comment dire « je » en japonais ?
Le pronom neutre et passe-partout est 私 (watashi), utilisable dans presque toutes les situations. Les hommes emploient aussi 僕 (boku, décontracté) ou 俺 (ore, très familier) ; あたし est plutôt féminin. Le choix dépend du registre et de la relation avec l’interlocuteur.
Faut-il toujours utiliser un pronom en japonais ?
Non. Contrairement au français, on omet très souvent le pronom quand le contexte est clair. Dire 学生です (« [je] suis étudiant ») sans 私 est parfaitement naturel. On ajoute le pronom surtout pour lever une ambiguïté ou insister.
Comment dire « tu » poliment en japonais ?
Le plus naturel est d’utiliser le nom de la personne suivi de さん (par exemple 田中さん), ou son titre (先生, 部長). あなた n’est pas une formule polie : envers un supérieur ou une personne plus âgée, il est même déplacé. あんた, 君 et お前 sont familiers, à réserver aux proches.
Quelle est la différence entre 僕 et 俺 ?
Les deux sont masculins. 僕 (boku) est doux, modeste, utilisable au travail dans une ambiance détendue. 俺 (ore) est direct et familier : réservé aux amis proches et à la famille, jamais avec un client ou un supérieur. Beaucoup d’hommes alternent entre les deux selon l’interlocuteur.
En résumé
- Le pronom japonais est facultatif : on l’omet dès que le contexte parle.
- Pour « je », trois suffisent au quotidien : 私 (neutre), 僕 (masculin détendu), 俺 (familier).
- Pour « tu », le réflexe correct est le nom de la personne + さん, pas あなた.
- 彼 et 彼女 signifient aussi « petit ami » et « petite amie » : le contexte tranche.
- Le pluriel se fabrique avec たち ou ら.
Le choix du pronom va de pair avec les suffixes honorifiques comme さん ou さま, qui marquent eux aussi la distance sociale. Et si tu veux comprendre pourquoi le japonais peut se passer de sujet, tout est expliqué dans le cours sur la particule は.
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Lire « 俺 est familier » ne remplace pas le fait de l’entendre. Dans JaPoche, mon application, chaque mot est enregistré par des voix natives et replacé dans une phrase complète, avec des révisions espacées pour que ça reste. Gratuit, sans compte.
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